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Hervé :

34 ans au carénage, je n'ai pas fait trop de travail.. enfin, j'ai le privilège de faire du travail moins sale. Le dépot de bilan est trop rapide, depuis 34 ans, à la rentrée des vacances, tous les ans c'est une période difficile. On est toujours arrivé à étaler. Mais cette année, c'est trop dur. En une heure de temps, tout est cassé, brisé, la vie des copains, la famille..

..Les patrons, la maîtrise, tout ceci n'aurai pas dû se passer. On ne casse pas une entreprise aussi vite. Tout a été programmé..

..Nous sommes dans une entreprise avec une moyenne d'âge de 50 ans. Qu'allons nous devenir, se présenter dans une entreprise à 55 ans pour chercher un travail, on ne va pas trouver..

..La vie de famille ramasse un coup, je trvaillle seul dans la famille..

.. Le conflit se passe très bien, beaucoup de solidarité, depuis mardi, on bouche le rond-point de la gare, on a fait un geste vis à vis de la population ce week-end en débloquant le rond-point. A eux maintenant de nous aider, surtout moralement. Il va y avoir un tract à distribuer à la population pour expliquer notre conflit.

Peux tu nous expliquer pourquoi tu occupes ce lieu ?

Fabrice : Je suis ici parce que la situation est catastrophique. Personnellement, je pense que certains se sont mis plein les poches et que nous, caréneurs ne comptons pas pour eux.

Pourquoi la CCI ?

Fabrice : Il y a 2 ans, nous avons occupé la Mairie, les avancées n'avaient pas été négligeables, l'occupation d'une chambre patronale, sans violence ni gène excessive pour la population est, pour nous un acte fort que nous souhaitons bénéfique.

Fabrice

Patrick PRIGER, 48 ans ancien d'EGMO carénage

Question : Peux tu nous expliquer pourquoi tu occupes ce lieu ?

Patrick : Je suis ici par solidarité, ancien du carénage, que j'ai quitté il y a quinze jours après une bataille de 3 mois, c'est le Syndicat et notamment Patrick Appéré, qui m'ont permis de ne pas être floué de près de 100 000 francs par le patron.

nb : Patrick ayant eu la chance de trouver un emploi dans le bâtiment, son patron, Jean Claude Bastide voulait le considérer comme démissionnaire et refusait de lui verser son indemnité de licenciement.

Patrice :

Chez les caréneurs, la retraite c'est illusoire, avec ce qu'on bouffe comme saloperie toute la journée, la maladie l'emporte sur la retraite, et c'est pire pour les anciens qui bossaient avec l'amiante ! Et tout ça pour des salaires de misère.

Alain, racontes nous : TMT

Alain : Cette entreprise, la plus ancienne de la place de Brest dans le carénage existe depuis 1963. J'y suis revenu en mars 71 après y avoir travaillé en 68. Je trouve inadmissible la façon dont ça a été fait.....
Je pensais qu'ils auraient gardé une trentaine d'ouvriers. Mon souci c'est les copains qui ont actuellement entre 40 et 50 ans. Quelle reconversion pour eux ? Ils n'ont même pas la reconnaissance de l'insalubrité de leur métier.

Jean-Michel :

A 43 ans, ça fait 20 ans que je travaille au carénage, à l'époque, je pensais que ce n'était que provisoire, pour dépanner. Mais l'ambiance, la solidarité entre ouvriers m'ont fait rester. J'ai bossé sur les portes de bassins, à cette époque, malgré un boulot très pénible, jamais un d'entre nous n'aurait tourné le dos aux autres !

Il faut savoir qu'avant 82, Blavec était déjà un de ces requins qui s'engraisse en vidant les entreprises sans aucun scrupule. En 85, il a repris la TMT l'a fusionnée avec la SBCPN avec un dégraissage à la clef.

Nous resterons ici, jusqu'à ce nous ayons obtenu du concret. Il y en a marre des promesses non tenues !

Georges, c'est quoi le métier de caréneur ?

Moi, je suis un ancien du métier du carénage, j'ai 35 ans de métier. Le carénage, c'est un métier qui n'existe pas, qui consiste à faire de la réparation navale sur des bâtiments de guerre ou de commerce. Travaux de sablage, de peinture, de nettoyage, de décoration ce qui amène les hommes au carénage, c'est les hasards de la vie mais jamais un choix personnel. Dernièrement, j'ai eu l'occasion de voir le film Germinal et je fais un parallèle avec notre métier. RIEN n'a changé en l'an 2000, les conditions de travail sont tout aussi pénibles. Ce qui nous amène à dire : "carénage : métier dur, Hommes durs".

Notre conflit d'aujourd'hui est du aux erreurs de nos patrons qui viennent se remplir les poches sur notre dos au moment où le travail abonde et qui ne redistribuent pas les richesses que NOUS avons gagnées. On nous a fait travailler un mois et demi avant le dépôt de bilan en étant CERTAIN que les paies ne seraient pas virées. Le Lundi 10 octobre restera dans ma mémoire et dans celles de mes collègues comme un jour triste, celui où on nous a annoncé le dépôt de bilan avec présentation au tribunal le mardi 11. En l'espace d'une demie heure, notre sort a été réglé, nous nous sommes retrouvés tous avec l'impression d'avoir pris une grande claque et d'être considérés comme des chiens par ceux qui se sont engraissés sur notre dos. Aujourd'hui c'est un sentiment d'être inutile qui nous prend à la gorge. Si nous menons cette lutte syndicale, c'est pour essayer de sauver quelques uns de nos camarades, de ne laisser personne sur le chemin car pour beaucoup d'entre nous le reclassement est difficile voire impossible.